Ligue des Bibliothèques Europeénnes de Recherche, Groupe des Cartothécaires de LIBER
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La microfiche en couleur: mythe ou réalité?*
Claude Goulard
Centre de Documentation, Centre National de la Recherche Scientifique, Paris
*Reproduit avec láutorisation du CNRS-CDST
© LIBER and author
Published from: LIBER Bulletin 15(1980)
La microcopie en couleur est un sujet tabou que certains n'hésitent pas a considérer comme résolu mais que la plupart juge comme étant encore au stade des balbutiements. En fait, tout dépend du type de documents reproduits et il faut reconnaître qu'à l'heure présente, peu d'applications ont été lancées en France. Je crois qu'il convient de faire le point sur le degré d'avancement de cette technique. Il semblerait qu'aux USA quelques microéditions soient disponibles mais je pense qu'elles ont trait essentiellement à des documents iconographiques. Qu'avons-nous vu en France jusqu'a présent? Des microformes généralement issues de film 16 mm qui sont des reproductions de photographies en modelé continu de paysages, de scènes de la vie courante, d'objets etc., mais représentant rarement des textes, exception faite de graphismes de grande dimension. Cette constatation s'explique par des difficultés de deux ordres auxquelles doivent faire face les réalisateurs, l'une technique, l'autre commerciale.
La technique a en effet des limites particulièrement contraignantes dans le domaine de la couleur: le pouvoir séparateur des films et la fidélité dans la reproduction des couleurs par rapport a l'original. Qu'est-ce que le pouvoir séparateur? Il se définit ainsi: c'est l'aptitude d'un dispositif optique ou d'un récepteur à séparer les détails d 'une image. Actuellement les surfaces sensibles couleur les plus performantes ne peuvent séparer plus de 50 trait/mm (Valeur pratique qui souvent est assez éloignée de la valeur théorique déclarée par les fabricants), ce qui veut dire qu'un détail inférieur à 10 microns n'est plus perceptible. En pratique, si nous considérons un texte dont les caractères sont constitués par des traits de 5/10ème de mm et d'une hauteur de 1,5 mm, l'échelle de réduction ne devra pas dépasser 1/20ème. Cette échelle permet d 'enregistrer sur une microfiche en partition 60 images un document de format 21 x 29,7 cm et en partition 98 images un document de format 19 x 24 cm, ceci dans les meilleures conditions de travail avec des documents d'excellente qualité, notamment le contraste. La deuxième contrainte résulte de la difficulté à reproduire des documents à dominante et à saturation de couleur très différentes. Que veulent dire ces termes? La dominante désigne la prédominance d'une couleur sur un document polychrome. La saturation est le facteur de pureté d'une couleur résultant de son mélange en quantité plus ou moins grande avec le blanc (couleur vive ou pale). Ces différences seront, en outre, amplifiées lors de la duplication. Au moment du premier acte de la reproduction c'est-à-dire la prise de vue, des conditions très précises doivent être réunies. Principalement le temps d'exposition qui peut agire sur l'équilibre chromatique du film (coefficient de Schwarzchild) ainsi que la température de couleur de la lumière éclairant le document (exprimé en unités Kelvin). Il faut se rappeler que les films couleur sont équilibrés pour une température de coureur donnée, de laquelle il ne faut pas s'écarter, sans quoi il en résulte une dominante colorée gênante qui fausse le rendu des différentes teintes du document. La température de couleur correspond en quelque sorte à la proportion des radiations bleu es et des radiations jaunes qui composent la lumière dite blanche. Si la lumière émise par le dispositif d'éclairage n'a pas la température de couleur exigée par le film utilisé, il convient alors de la rectifier par interposition d'un filtre. Cette opération cependant à des limites et il n'est pas toujours possible de modifier la température de couleur d'une source notablement différente de celle exigée par le film. Il faut donc que l'appareil de prise de vue comporte un système d'éclairage adapté a de tels films. Les matériels utilisés en micrographie ont souvent des sources lumineuses par fluorescence ou par incandescence, totalement incompatibles avec l'enregistrement sur films couleur. L'autre aspect de la balance de couleurs obtenue sur le film dépend de l'association des vues dont les caractéristiques peuvent être très dissemblables au niveau du contraste et de la densité. Des écarts trop grands nécessitent des conditions d'exposition et quelquefois de traitement chimique très différentes. La technique de masquage ou de filtrage adaptée a chaque document est difficilement envisageable car il faudrait réaliser chaque image différemment et indépendamment, ce qui revient a dire que dans de tels cas une bonne reproduction devient impossible du fait de la difficulté de réalisation.
Ce problème de fidélité dans la reproduction des couleurs est encore plus ardu au niveau des duplications. Les écarts de densité et de contraste, la présence d'une dominante, si faible soit el1e, seront amplifiés lors de la production de copie, sans parler de la perte de netteté souvent due à une diffusion crée par la source lumineuse équipant les appareils de tirage. Chaque type d'éclairage ne donne pas le même rendu de netteté selon qu'il est diffus ou dirigé.
Un autre élément peut également concourir à la médiocrité de la finesse d'une image, l'objectif de l'appareil de prise de vue. Celui-ci, généralement calculé pour la reproduction des documents achromes (noir et blanc) présente parfois une correction insuffisante de l'aberration chromatique qui peut se traduire par une irisation sur les bords ou contours du sujet.
Reproduction dune carte conservée au Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque nationale, effectuée par le C.N.R.S.
Parlons maintenant de l'aspect commercial à savoir le choix et le coût des surfaces sensibles et produits de traitement, le coût de fabrication et les prix de vente des microformes. Le choix des surfaces sensibles est très limité puisque en France seulement quatre à cinq marques proposent des surfaces sensibles couleur et ceci dans des conditions bien précises. Les formats disponibles sont très limités et différents selon le type de film. Pour certains types seuls les formats 16 et 35 mm sont proposés en bobine de 15 mètres ou en cartouches de 20 et 36 vues, conditionnements habituels du cinéma et de la photographie d'amateur. Pour d'autres les films sont disponibles en feuilles dans les formats photographiques standards professionnels à savoir: 9 x 12 cm, 13 x 18 cm et 18 x 24 cm. Comme on peut le constater, le format A6 (105 x 148 mm) n'est jamais proposé, aussi est-il nécessaire, si on désire faire une prise de vue directe sur microfiche, de recouper soi-même des films de format supérieur, opération délicate avec risques de voile, de poussières et de rayures. L'autre manière de réaliser une microfiche consiste a regrouper des bandes de film 16 ou 35 mm recoupées longitudinalement ou non en y adjoignant un titre ou en utilisant la mise sous jaquette, technique bien connue en micrographie. En ce qui concerne la duplication, seuls les films en feuilles sont utilisables et la encore la recoupe est nécessaire.
Par ailleurs le traitement chimique peut poser des problèmes au niveau des matériels car le format A6 n 'étant pas connu par les laboratoires spécialisés dans le traitement des film couleur, souvent ils ne disposent pas de cadres ou de machines appropriés.
Je ne voudrais par tester sur une note pessimiste qui semblerait condamner irrémédiablement la microfiche en couleur. Mon objectif est simplement de sensibiliser ceux qui envisagent de se lancer dans une telle application en insistant sur la précision et les exigences que requiert la reproduction des couleurs et les limites qu'elle impose à l'heure actuelle. La couleur ne tolère pas 1'à peu près. Outre le prix de revient d'une matrice (entre 200 et 1.000 Frs. voir même 2.200 Frs.) et des copies (20 à 100 Frs. selon les quantités) il faut admettre que pour le moment la microédition en couleur n'est possible qu'avec un nombre restreint de documents. Aussi je conseille de démarrer une application en faisant appel à un façonnier, ce qui permet flux moindres frais de juger le niveau de qua1ité obtenu à partir de ses propres documents. Ce contrôle doit évidemment être fait sur les copies de distribution. Six ou sept façonniers proposent leur service dans ce domaine. Avant d'en conclure j'attire l'attention des usagers de la micrographie comme de la photographie couleur sur l'instabilité des couleurs dans le temps, quelles soient exposées ou non à un rayonnement.
Plus une image est exposée a la lumière, plus les couleurs s'atténueront et ceci d'une manière irréversible. Il faut donc tenir compte de ce fait avant d'adopter un tel support d'information dans une application qui requiert des examens prolongés ou fréquents et qui aurait pour objet de constituer un archivage de sécurité avec une conservation de longue durée.
La lecture des microformes en couleur ne peut être satisfaisante qu'avec appareil comportant un écran blanc ou gris neutre. Il est recommandé en outre de placer un filtre anti ultra violet sur le trajet de la source lumineuse pour ralentir au maximum l'atténuation ou la destruction des couleurs.
Malgré toutes ces mises en garde et la constatation des difficultés actuelles, j'ai tout de même bon espoir de voir se développer la microfiche en couleur grâce aux progrès constants dans les techniques et les produits. Certaines opérations sont actuellement possibles â condition de s'imposer des limites et de ne reproduire que des documents compatibles avec les procédés mis en oeuvre, la finalité étant d'obtenir des informations normalement exploitables.
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