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Les archives cartographiques du SHOM [1]: un programme de microfiches de sécurité
Patrick Goffinet
Service Hydrographique et Océanographique de la Marine, Brest
© LIBER and author
Published from: LIBER Bulletin 15(1980)
Généralités
La création d'une carte marine par le SHOM a pour origine l'exploitation cartographique de divers documents provenant de sources différentes principalement constituées par: les missions du SHOM, l'Institut Géographique National, divers organismes civils, militaires ou étrangers.
l'EPSHOM centralise ces documents qui sont ensuite répartis dans les sections intéressées. Selon leur nature, on distingue:
- les données originales découlant directement de l'enregistrement des mesures in situ (bandes de sonde, cahiers d'observation, photographies aériennes renseignées)
- les travaux intermédiaires de dépouillement des mesures précédentes (minutes de construction, feuilles de marée, cahiers de calcul …)
- les épreuves prêtes a une exploitation cartographique, géodésique ou océanographique: ce sont en particulier les minutes de rédaction, indispensables a l'élaboration de la carte, marine, en vue desquelles sont conduits la plupart des levés hydrographiques.
Les minutes de rédaction sont archivées a la section Géodésie-Géophysique qui détient l'essentiel des travaux issus des missions dans les domaines bathymétrique, gravimétrique, topographique.
L 'importance du nombre de minutes actuellement détenues par le SHOM, ainsi que l'évolution du classement annuel ont arrêté l'étude d'un programme d'archives de sécurité destiné à préserver la totalité des informations figurant sur les minutes d'écriture en cas de perte des originaux. Ce programme concerne en premier lieu la duplication des minutes de rédaction (18.000 environ) sur une durée de 2 a 4 ans.
Les caractéristiques des minutes de rédaction
Les caractéristiques propres des minutes a reproduire ont déterminé les orientation de cette étude. Celles ci se présentent sous forme de plans, en général de taille grand aigle (750 x 1050 mm). Quelques minutes possèdent des dimensions plus importantes. Ces documents sont écrits au trait, les demi-teintes étant exceptionnelles pour les levés récents.
Les supports sont soit entoilés, soit en polyester. Les minutes d'origine extérieure sont généralement en papier.
Les caractères figurent en noir. Ils atteignent en moyenne 2 mm en hauteur et 0,2 mm en épaisseur. Certaines minutes anciennes possèdent une information beaucoup plus dense, dans certains cas difficilement déchiffrable.
La couleur est parfois utilisée lorsqu 'elle introduit une notion fondamentale. C'est le cas des sondes découvrantes mentionnées en rouge sur les minutes anciennes. Elle permet également de distinguer les résultats de deux levés différents en un même lieu.
Le choix de la technique de reproduction
Il est établi [2] que la réalisation d'un archivage de sécurité fait appel en général aux techniques de miniaturisation. Exception faite des procédés holographiques toujours au stade expérimental, les techniques photographiques ont une réputation de sûreté et offrent les meilleures garanties de conservation.
Outre la prévention de la perte ou de la destruction du document de base, l'archivage de sécurité par l'utilisation des microformes réunit les avantage suivant :
- préservation de l'intégrité des originaux soustrait à la pluspart de manipulations
- duplication aisée à des fins d'échange ou de commercialisation
- compacité, de par la taille réduite des négatifs
- facilités de recherche et de rangement grâce à l'existence de systèmes de classements rationnels
Les recherches nécessaires au choix du format de la microforme et à celui du banc de reproduction adapté ont été menées depuis 1978. De nombreux formats proposés par I'industrie micrographiques ont été testés:
- le 35 mm en carte a fenêtre
- le 75 x 125 mm
- le format A6 (105 x 148 mm)
- le format 13 x 18 cm au standard photographique
- le format A4 (21 x 29,7 cm) bien qu'il ne soit pas très répandu en micrographie
Différentes expérimentations Ont eu lieu au siège d'entreprises spécialisées diverses telles que SIRCO FRANCE, les sociétés MSI, ILFORD, SIMAG, MICROFILMEX.
Parmi les matériels testés, citons le banc 35 mm SMAOK distribué par OMNIUM PROMOTION, différents bancs 75 x 125 mm, le banc LITHOTEX 10 fabriqué par PICTORIAL MACHINERY LIMITED. Des essais complémentaires se sont déroulés à l'EPSHOM, a l'aide de bancs de reproduction BOUZARD, Les caractéristiques des minutes de rédaction, l'éventail des appareils disponibles, le pouvoir de résolution des films utilisés en micrographie ont conduit, à travers plusieurs essais, à l'examen des avantages et inconvénients des différents formats utilisables.
Le format 35 mm
Ce format possède, selon les pellicules utilisées, des qualités de restitution indéniables malgré des coefficients de réduction de l'ordre de 30. Mais le pouvoir de résolution limité des surfaces sensibles en micrographie (de 1'ordre de 6? pour le noir et blanc, 10? pour la couleur), suppose à cette échelle des caractères plus épais que 0,2 mm en moyenne. Il en résulte une perte l'information si les documents originaux ne respectent pas des normes précises, à l'instar de certaines minutes du SHOM dont les restitutions par ce procédé confirment les assertions précédentes. La durée de vie des clichés est l'autre part sujette à caution. La développeuse automatique ainsi que le procédé l'encartage du cliché sont souvent intégrés au banc. La rapidité du traitement chimique est probablement préjudiciable à l'élimination de l'hyposulfite, ce qui entraîne peu à peu la destruction du négatif.
Des déformations sont parfois importantes à ces taux de réduction lorsque le banc n'est pas parfaitement réglé, Des écarts de ± 2 mm sur la position des croix d'une minute de bathymétrie ont été détectées lors de restitutions à l'échelle du document initial (essais réalisés par SIRCO FRANCE,
MICROFILMEX, la
SIMAG. Ces imperfections de réglage entraînent parfois un empâtement des caractères, nuisible au déchiffrage de certaines informations.
Le format 75 x 125 mm
Ce format, retiré de la norme AFNOR il y a quelques années, est tombé en désuétude pour des raisons imprécises à l'avantage du format A6, Des essais effectuées sur un banc de la Direction des Travaux Maritimes à Brest, ont mis en évidence d 'importantes déformations caractéristiques d'un réglage imparfait de ce banc.
Le format 13 x 18 cm
Certains façonniers, tels SIRCO FRANCE, pratiquent la prise de vue a ce format. Malgré la qualité indéniable des restitutions de minutes testées, ce procédé présente quelques inconvénients:
- les coût (plus onéreux que l'archivage au format A6 ou 75 x 125 mm)
- l'absence d'appareils de duplication adaptés sur le marché
- le risque plus grand de clichés de moins bonne qualité qu'une prise de vue automatique, la solution du 13 x 18 cm faisant appel à l'art du fournisseur
Le format A4 (21 x 29,7 cm)
Des essais en noir et blanc ont été réalisés sur les bancs de reproduction BOUZARD de l'EPSHOM. La qualité d'une restitution étant en théorie directement fonction de la grandeur du cliché, un archivage au format A4 semble optimal.
Or, l'examen des épreuves obtenues a souligné certains défauts de lisibilité, d'empâtement des caractères. On peut expliquer ce fait:
- par les performances communes des films utilisés, le format A4 étant a l'heure actuelle non adapté aux techniques micrographiques
- par la rigueur du développement automatique utilisé en micrographie en regard du développement manuel
Enfin, le coût d'un archivage à ce format devient excessif, le tarif des surfaces sensibles augmentant du simple au quadruple lorsque l'on passe du format A6 au format A4.
Le format A6 (105 x 148 mm)
Des efforts importants ont été consentis par certains constructeurs en faveur de ce format normalisé, en pleine expansion aux USA, notamment pour la reproduction des documents A0. Les bancs de reproduction adaptés sont encore peu nombreux, mais possèdent les qualités suivantes:
- Une optique performante, étudiée pour des taux d'agrandissement et de réduction de !'ordre de 10.
- Une prise de vue optimale: la planéité de la surface sensible est assurée par aspirationl, la mise au point est automatique, le temps d'exposition est réglé par un intégrateur de lumière.
- Le traitement des surfaces sensibles est indépendant du banc. Le développement automatique garantit un traitement chimique de qualité, nécessaire a une longue conservation de microformes.
- Un système d'éclairage du cliché a la lumière dirigée réduit, lors des restitutions, les temps d'exposition et permet la réalisation d'agrandissements contrastés.
- Les surfaces sensibles sont caractérisées par un pouvoir de résolution élevé. Une couche anti halo élimine les reflets parasites.
Des essais particulièrement convaincants ont été effectués à partir d'une réduction de montage de trames transparentes SH 90 grand aigle opaque. Ces trames ont été intégralement conservées sur des clichés 105 mm LITHOTEX. Une expérimentation parallèle a eu lieu à l'aide du banc BOUZARD. La qualité inférieure des résultats correspondants, malgré le soin de l'opérateur, montre l'importance du choix des films et des conditions de développement.
Divers essais de lisibilité, à partir de restitutions effectuées à l'EPSHOM d'une minute particulièrement difficile à lire, ont été réalisés a l'aide de formats 75 x 125 mm, 35 x 45 cm, 35 mm et 105 x 148 mm. Les résultats, qui confirment les qualités du LITHOTEX 10, sont néanmoins discutables car ils introduisent des inconnues importantes lors des opérations d'agrandissement. La dégradation des restitutions a cependant été considérée constante pour tous les formats testés.
Le problème de la couleur
Le choix d 'une microfiche couleur est plus délicat que le noir et blanc, en raison de l'incertitude sur la stabilité des surfaces sensibles et à cause de leur pouvoir de résolution plus limité [3].
Des expérimentations ont eu lieu avec le procédé CIBACHROME que la société promotrice, ILFORD, présente comme stable par construction.
L'examen d'un cliché exposé à la lumière solaire pendant un mois n'a pas permis de constater de modification des teintes. La maîtrise d'exécution de ce procédé reste cependant à démontrer. Ainsi, si les essais effectués pour le SHOM sont satisfaisants, certains autres réalisés au profit de la société MSI ne le sont pas.
Enfin le procédé CIBACHROME est onéreux, par le coût de sa surface sensible au format A4.
Dans le cas d'un archivage intégral noir et blanc, la solution classique préconise plusieurs prises de vues avec des filtres différents d'une même épreuve couleur.
Conclusion
Les résultats de ces différentes expérimentations ont montré que le banc LITHOTEX 10 associé au format de microfiche A6 est le plus adapté au problème à résoudre. Les performances de ce banc sont d'autre part reconnues par de nombreuses entreprises.
Le format A6 est également conseillé, à cause de la qualité de ses restitutions, par différents organismes tels:
- le CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique)
- la SECEP (Service d'Etude et de caractérisation des surfaces sensibles)
- ELF AQUITAINE
et des établissements étrangers:
- Archives Publiques du Canada
- Archives Nationales des USA
Enfin, I'archivage au format A6 respecte les recommandations du Cartographic Archives Division of the National Archives of the United States qui préconise notamment le 105 mm plutôt que le 35 mm pour des documents de grande taille comprenant des petits caractères.
REFERENCES
[1] SHOM: Service Hydrographique et Océanographique de la Marine, Paris et Brest.
[2] Madeleine Marquet, La Reprographie, Paris, La Documentation Française, 1977.
[3] Claude Goulard. La Microfiche en couleur: mythe ou réalité?, O1 hebdo, No, 518, 11 décembre 1978 (texte reproduit dans le LIBER bulletin 15(1980), p. 49-53, et dans le website de Groupe des Cartothécaires de LIBER)
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