Ligue des Bibliothèques Europeénnes de Recherche, Groupe des Cartothécaires de LIBER
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Conservation et tentative de préservation de plans cadastraux du XIXe siècle
Lisette Danckaert
Bibliothèque Royale Albert Ier, Bruxelles
© LIBER and author
Published from: LIBER Bulletin 22(1982)
La Bibliothèque Royale Albert Ier, possède une collection de plans cadastraux belges publiés vers le milieu du XIXe siècle. Toutes les communes du pays n'ont pas été éditées. Outre certaines grandes villes, plusieurs provinces manquent: Limbourg, Luxembourg, Namur et un arrondissement de la province d' Anvers. Maïs telle quelle cette série de plans présente une importance considérable pour l'étude de l'évolution des villages. Le parcellaire n'a subi que peu de modifications dans ses grandes lignes, même si les destinations ont changé, puisque le pays tout entier s'est couvert de constructions.
L 'auteur des plans, Philippe Christian Popp, naquit à Utrecht en 1805 et mourut a Bruges en 1879. Il travailla comme contrôleur a l'administration du cadastre et conçut l'idée de publier les plans pour permettre une communication aisée, tant des cartes que des matrices explicatives. La publication instaurée en 1842 dura fort longtemps, et fut interrompue par la mort de l'auteur, les dernières livraisons étant posthumes. La plupart des cartes sont dressées a l'échelle de 1:5.000, un développement du centre du village étant fourni a échelle supérieure. Utilisés par des historiens et géographes, pour l'aspect régional et le tracé des mes; par des architectes et archéologues pour la disposition des bâtiments; par des linguistes et folkloristes pour les noms de certains lieux-dits -ceci étant toutefois moins important car les noms ne sont pas tous repris- et enfin par des avocats, des notaires et des propriétaires pour des litiges de propriétés ou de droit de passage par certains chemins, les plans Popp sont presque toujours en lecture. Le papier, typiquement du milieu du XIXe siècle, est de très mauvaise qualité. L'entoilage a été fait jadis très soigneusement, maïs la conservation a été déplorable pendant des décennies. Résultat, le papier se décolle, se déchire ou même se débite en tout petits morceaux. La manipulation des cartes n'est pas toujours aisée, vu les dimensions de certaines feuilles qui ont été entoilées d'un seul tenant et pliées; la plupart sont heureusement séparées, et conservées pendues dans des meubles verticaux (Gabs), après fixation d'une bande perforée. Théoriquement, ce stockage est excellent, puisque les feuilles sont libres. Pratiquement, le résultat est moins satisfaisant, car les dimensions variées présentent quelques problèmes. Quelques feuilles sont trop grandes et risquent de frotter le sol pendant l'ouverture de la partie antérieure du meuble; la barre de fixation cède parfois lors d'une surcharge, qui ne devrait évidemment pas se produire, maïs … La manipulation des meubles est difficile pour qui n'a pas une taille suffisamment élevée ou des bras assez longs. Il faut soigneusement éviter d'écorcher le papier sur les pointes de la tringle de support, ce qui est très ardu dans le fond du meuble. De plus, les manipulations fréquentes dérèglent le mécanisme de glisse- ment de la paroi avant, qui abîme le sol. Bref, les meubles sont excellents pour la conservation et détestables pour la consultation.
Quant aux documents eux-mêmes, comme dit précédemment, ils souffrent beaucoup d'une consultation intensive. Tellement que nous avons été forcés d'en restreindre, non l'utilisation, mais la photographie, chaque transport a l'atelier présentant un danger. Seuls les plans en état suffisamment bon et de taille réduite (relativement) sont encore reproduits. Pour les autres, les lecteurs n'ont que la solution du décalque, la feuille étant protégée par un plastique. Depuis plusieurs années un programme de reproduction a l'échelle a été entamé. Le résultat est très bon, la firme Belfotop -actuellement connue pour ses travaux de pointe dans le domaine de la télédétection- photographie le document dans l'état ou il se trouve; c'est a dire tout sale, ou partiellement taché, ce qui nécessite d'ailleurs plusieurs prises de vue partielles avec contrastes variés. Il nous était, en effet, impossible de remettre la carte en état avant de la confier a la reproduction: crédits, personnel et temps manquent, et très souvent le papier ne permet même plus l'effaçage à la gomme douce! Un négatif final de dimensions conformes a l'original est reconstitué sur film a partir des fragments retouchés, un positif également sur film, en est tiré et les trois documents nous reviennent. A partir du positif, un tirage sur papier est fait dans l'atelier de la Bibliothèque Royale et l'original est soigneusement remis dans le meuble, pour en principe ne plus en sortir , puisque des positifs peuvent être refaits dans notre atelier même, selon les nécessités du service. Pour les reproductions données en lecture, nous utilisons du papier pré-entoilé qui présente un bon coefficient de solidité; les lecteurs peuvent obtenir des tirages sur papier normal au prix de F.b. 250 la feuille. Rappelons qu'il s'agit d'une reproduction a l'échelle, dont les dimensions atteignent fréquemment 90 cm sur plus de 100 cm.
Pendant les tirages, nous avons constaté que certaines feuilles présentaient des défauts, et que le parcellaire n'était pas toujours clairement visible. Vérification faite, il s'agissait de pertes dues a des réparations de fortune faites dans le service des Cartes et Plans. En effet, contrairement a la Bibliothèque Nationale de Paris, qui a d'excellents restaurateurs maïs guère de locaux adéquats, la Bibliothèque Royale a un magnifique atelier de restauration … sans restaurateur. Le seul restaurateur d'estampes, qui passait d'ailleurs le plus clair de son temps a encadrer et désencadrer des pièces pour des expositions, a atteint l'âge de la retraite, et n'est pas remplacé. Il n'avait d'ailleurs que peu de temps a consacrer aux Cartes et Plans. Contraints et forcés, nous avons essayé les moyens du bord et le papier adhésif conçu par la firme Neschen, qui semblait donner satisfaction. Semblait, car contrairement aux dires des fabricants, il y a une forte perte de lisibilité a la photo. Or nous sommes confrontés a de petits morceaux de carte qui se détachent et il faut faire quelque chose avant de remettre ces documents a la reproduction. Résultat, nous ne 'rafistolons' maintenant que ce qui es indispensable, pour éviter les pertes pendant le transport, est au retour, de plus grosses réparations sont éventuellement faites. Nous savons que ces procédés Neschen ne sont pas bons, maïs nous ne voyons comment faire autrement, et, en attendant, le prog ramme de reproduction continue piano, pianissimo. En effet, le prix est très élevé, nos ressources très faibles et notre atelier de photo a la bibliothèque submergé. Pendant longtemps, nous n'avons pu fournir aux lecteurs les reproductions de cartes du Brabant, alors que tous les positifs étaient faits. Le Brabant avait été choisi parce qu'a la fois le plus demandé et le plus abîmé. Actuellement, un tiers de la province de Hainaut est photographié, maïs le successeur de notre successeur verra peut-être la collection a l'abri des manipulations de lecteurs trop avides!
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