Ligue des Bibliothèques Europeènnes de Recherche, Groupe des Cartothécaires de LIBER
Rapport sur le 16ème congrès du Groupe des Cartothécaires de LIBER, Amsterdam, Pays-Bas, 1er au 5 juillet 2008
Compte-rendu par Hélène Richard, Président
Après le congrès qui s'était tenu à Paris à la fin du mois d'août 2006, le congrès d'Amsterdam a permis de relancer une activité dynamique au sein du Groupe des cartothécaires (GDC) de la Ligue des Bibliothèques européennes de Recherche (LIBER).
Le comité d'organisation néerlandais avait souhaité modifier le déroulement de la conférence par rapport à celles de ces dernières années pour laisser plus de place aux discussions prospectives et aux échanges professionnels.
Le congrès a été possible grâce au soutien des institutions suivantes : Archives de la Ville d'Amsterdam, Université d'Amsterdam, Université Libre d'Amsterdam, Université et centre de recherches de Wageningen, Royal Tropical Institut d'Amsterdam. L'engagement de ces institutions et la mobilisation de leurs professionnels ont également permis aux congressistes de visiter ces établissements, dont les locaux avaient fait l'objet d'aménagements récents, et de bénéficier des résultats de leurs expériences.
Les participants ont été nombreux (une soixantaine), venant d'une vingtaine de pays européens. Il fallait souligner cette année la présence de collègues islandais, portugais, italien.
Le thème du congrès était " l'avenir de la cartothèque et du métier de cartothécaire ", afin de refléter l'importance des changements qu'entraîne l'évolution technologique de la production cartographique dans sa diffusion et dans la constitution des collections, comme dans l'expertise des professionnels, face à des demandes, elles aussi en évolution.
La conférence fut précédée, le lundi 30 juin, par une visite de la Ville d'Amsterdam axée sur l'histoire de l'extraordinaire production cartographique que connut la ville. Jan Werner, de l'Université d'Amsterdam et secrétaire du Comité d'organisation, pilota cette passionnante découverte.
Le mardi 1er juillet, dans la superbe salle de projection du nouveau bâtiment des Archives de la Ville d'Amsterdam, s'ouvrit le congrès proprement dit, avec une présentation de la conférence (accueillie pour la deuxième fois aux Pays-Bas, après La Haye en 1984) par Marc Hameleers, Président du Comité d'organisation.
La conférence inaugurale, donnée par Ferjan Ormeling (Université d'Utrecht) était intitulée Mapping out map libraries. L'orateur y insista sur le rôle que devraient jouer les bibliothécaires de l'avenir pour fournir aux utilisateurs de leurs collections de cartes les " métadonnées " nécessaires à la compréhension des documents, compte tenu du coût et de la complexité des ces données pourtant indispensables pour la compréhension des cartes.
Suivit la présentation de trois aspects de cette indispensable conservation des données
-Peter Korsgaard (National Survey, Danemark) avec l'exposé de l'expérience de son service dont toutes les cartes sont numérisées, depuis déjà deux ans, et qui souligna l'importance des métadonnées pour satisfaire les besoins de la recherche.
- Chris Fleet, de la Bibliothèque nationale d'Ecosse, s'appuya sur l'expérience que lui ont donnée les programmes qu'il a développés dans son institution pour rappeler que les besoins des usagers de nos bibliothèques sont divers et que nous devons pouvoir proposer des accès diversifiés à nos collections, surtout les plus complexes (comme les cartes en séries) en fournissant des listes par dates, coordonnées, numéros…
- Arnold Bregt (Wageningen University) a insisté quant à lui sur le rôle des collections cartographiques dans la gestion administrative, en particulier pour la connaissance de l'évolution des territoires et de leur gestion.
La deuxième session de communications eut lieu à l'Université libre d'Amsterdam/Vrije Universiteit (mercredi 2 juillet au matin). Elle commença par la présentation du programme d'aménagement du nouveau centre urbain d'Amsterdam Sud, programme architectural complet et très ambitieux. Puis se succédèrent trois communications, mettant en avant l'importance des collections cartographiques pour la recherche et la formation :
-Nick Millea (Bodleian Library) présenta le programme de recherche initié par son institution autour de la plus ancienne carte de Grande Bretagne et le rôle du bibliothécaire dans cette démarche.
- Martijn Storms (Leiden Université Library) présenta le programme de formation qu'il proposa aux étudiants de l'Université de Leyde dans le cadre d'un Master sur l'histoire du livre, en s'appuyant sur les collections cartographiques de la collection Bodel Nijenhuis.
-Wybren Verstegen (Université Libre d'Amsterdam) présenta le travail proposé à ses étudiants sur l'évolution des paysages dans le cadre de la loi de 1928, travail qui s'appuie sur les collections cartographiques de la bibliothèque de l'Université.
La troisième session de communications se déroula le jeudi 3 juillet au matin et en début d'après-midi à l'Université et centre de recherches de Wageningen. Les cinq communications s'articulaient autour de la recherche et de ses applications pour les cartothécaires.
- Marco Van Egmond (Bibliothèque de l'Université d'Utrecht) présenta la conservation des cartes numériques dans cette Université et leur consultation. Il insista sur la nécessaire collaboration entre établissements, au sein d'un même pays, mais plus largement aussi de groupes professionnels comme le Groupe des Cartothécaires de Liber, pour parvenir à assurer toutes ces missions (repérage, conservation, signalement).
- Ruth Kalf (Université Catholique de Louvain) a présenté les travaux initiés par l'IFLA sur les FRBR (Functional Requirements for modern Bibliographical Records) qui vise à regrouper dans une notice d' " œuvre " les diverses versions, éditions et tirages d'une œuvre donnée. Ce principe peut, à son avis, être d'un grand intérêt pour la description des documents cartographiques.
- Anda Juta Zalite (Bibliothèque nationale de Lettonie) a ensuite présenté l'objectif que se fixe la cartothèque de la Bibliothèque nationale de Lettonie, dans le cadre de la construction du nouveau bâtiment, à Riga, à savoir conserver et donner accès aux documents cartographiques, qu'ils soient sur papier ou numériques.
- Frans Rip (Centre GéoInformation de l'Université de Wageningen) présenta le service "Topexplorer" mis en place par son centre de recherche, permettant un accès aisé aux cartes conservées à la Bibliothèque de l'Université
- Henk Kramer (Centre GéoInformation de l'Université de Wageningen) exposa, quant à lui, la base constituée à partir des cartes des Pays-Bas des XIXe et XXe siècles et de la carte mondiale de l'agriculture de 1960.
La dernière session de communications (vendredi 4 juillet au matin) eut lieu à nouveau aux Archives de la Ville d'Amsterdam. Quatre communications traitèrent des outils permettant un accès visuel aux collections cartographiques.
- Peter Levi (Tropen Institut d'Amsterdam, et webmestre de la Conférence) présenta de manière très concrète la numérisation et la mise sur le web de 12 000 cartes datant de 1850 à 1950, et les incidences de cette réalisation sur le rôle de la cartothèque et le travail de son responsable.
- Wolfgang Crom (Bibliothèque nationale, Berlin) a exposé le projet sur lequel travaillent cette institution et la Bibliothèque universitaire de Göttingen, concernant la gestion des cartes en série. GOKaRT est destiné à permettre un traitement extrêmement rapide des séries cartographiques, grâce à la réutilisation des tableaux d'assemblage déjà réalisés dans une autre bibliothèque.
-Jean-Luc Arnaud (CNRS, Aix en Provence) présenta le projet CartoMundi extension, au monde entier, du catalogue Cartomed déjà accessible sur le web pour les cartes en série des pays du pourtour de la Méditerranée. Ce catalogue collectif permet, à partir d'une gestion centralisée des notices des séries cartographiques, une saisie partagée, très rapide, des feuilles de chaque institution participante.
- José Borbinha (Instituto Superior Tecnico de Lisbonne) donna aux congressistes des informations très complètes sur le programme DIGMAP, soutenu par le programme eContentplus de la Commission européenne. Ce projet est destiné à créer des outils communs pour l'exploitation des cartes anciennes de l'Europe (catalogue international des cartes numérisées, répertoire des éditeurs, graveurs, etc. ainsi qu'un thésaurus géographique multilingue).
A ces séances s'ajoutèrent une demi-journée de présentation de posters et d'exposition, le mercredi 2 juillet après-midi, dans le bâtiment des collections spécialisées de l'Université d'Amsterdam. Les différents rapports nationaux furent, cette année et pour la première fois, présentés sous forme de posters synthétiques, tandis qu'une version complète est disponible sur le site Internet du Groupe des Cartothécaires. Cette nouvelle forme avait été envisagée avec le Comité d'organisation lors du congrès de Paris, compte tenu de la longueur croissante de ces rapports, reflétant le développement des activités de nombreux groupes nationaux (formations, colloques et surtout mise sur site web de documents cartographiques ou d'instruments de recherche).
D'autres posters présentaient des programmes de rénovations de bâtiments en cours (Moscou), des publications (bibliographie polonaise), de programmes de numérisation (Université de Liège, cartes de Silésie), etc.
Il était aussi possible d'avoir accès à la collection de cartes numérisées du Tropen Institut.
De même nos collègues de Berlin ont présenté la base en ligne Bibliographica cartographica, rappelant aux congressistes l'intérêt de leur participation à cette entreprise internationale.
Des présentations techniques (matériel, fonds de cartes numériques…) furent également proposées.
Des stands de marchands de cartographie ancienne, d'ouvrages de référence ou de revues permirent aussi aux congressistes de compléter leur bibliographie ou de découvrir de nouvelles cartes anciennes.
L'après-midi se termina par l'inauguration de la très belle exposition consacrée à l'Atlas Major de Blaeu ; cette exposition, dont Jan Werner fut le commissaire, réussit à joindre esthétique, richesse scientifique et grande clarté pédagogique.
Les congressistes bénéficièrent également, pendant le cours du congrès, de visites d'établissements, et en particuliers des bâtiments rénovés des Archives d'Amsterdam, des collections spécialisées de la Bibliothèque universitaire d'Amsterdam, des bibliothèques universitaires de l'Université Libre d'Amsterdam et de celle de l'Université de Wageningen. Ils eurent aussi des présentations passionnantes de fonds spécialisés (plans de jardins…)
Mais, je l'ai dit, une partie du congrès fut consacrée aux discussions. Le comité d'organisation avait en effet souhaité que les participants partagent leur analyse de l'avenir de leur métier et de leurs institutions, comme leurs espoirs et leurs craintes. Aussi, avec l'aide d'un animateur, deux séances de brainstorming, par groupes puis en commun, ont permis de faciliter les discussions et de provoquer des échanges animés autour des thèmes de la centralisation et de la décentralisation des collections et des institutions, comme de l'importance relative des collections numériques ou sur papier.
Comme lors de chaque congrès du Groupe des Cartothécaires de Liber, ce fut l'occasion de présenter un rapport sur l'activité du groupe et de ses commissions.
Dès le mardi après-midi l'assemblée entendit le rapport des commissions 'Formation', 'Europe centrale et orientale', 'Tableaux d'assemblage interactifs pour les séries cartographiques'.
La discussion qui suivit s'attacha à l'ensemble de ces commissions.
La commission 'Formation', à la suite du départ en retraite de Jürg Bühler, webmestre de la commission, est à la recherche d'un nouveau volontaire. Des contacts sont en cours, et il faudra articuler cette fonction avec le rôle de webmestre du GdC, qu'accepte d'assurer Jan Smits.
Cette commission a, par ailleurs, le projet de s'ouvrir à la formation à la documentation cartographique, sans se limiter aux seuls cartothécaires. Cette décision a été prise à la suite de l'intervention de Martijn Strom (cf supra).
La commission 'Europe centrale et orientale' est également en train de s'ouvrir à un rapprochement avec la commission 'Formation'.
Enfin, la commission 'Tableaux d'assemblage interactifs pour les séries cartographiques' n'a pas encore débuté ses travaux, mais le congrès d'Amsterdam a montré la nécessité d'avancer dans ce domaine et que le moment était désormais venu, compte tenu de la concomitance des actions de plusieurs cartothèques. Une cohérence entre les travaux des diverses institutions en la matière est indispensable, en raison du partage des collections et des compétences autant qu'à cause de l'ampleur de la tâche.
Après une réunion du bureau de Liber GdC, l'assemblée du groupe, le vendredi après-midi, a permis de décider d'un certain nombre d'orientations.
- Complément du bureau : après la nomination de Wouter Bracke, de la Bibliothèque royale de Belgique, le bureau se compose de : Hélène Richard (présidente), John Moore (secrétaire), Margit Tohver, Lucyna Szaniawska, Renata Solar, Wouter Bracke.
- Maintenir, grâce à la liste de diffusion, des échanges d'informations plus réguliers.
- Recueillir des informations sur les projets de LIBER concernant la réforme de sa structure et des conséquences sur le Groupe des Cartothécaires. L'assemblée a rappelé son attachement à ce groupe d'experts, dont le fonctionnement souple et le coût peu élevé permettent la participation de structures toutes petites (rattachées ou non à des institutions plus importantes), incapables de participer à LIBER.
- Convenir des modalités de publication des travaux du congrès:
Tous les articles et rapports doivent trouver place sur le site du Groupe des Cartothécaires.
Certains -plus 'stratégiques' - doivent trouver place dans la publication de Liber Quaterly, conformément à la ligne éditoriale de la revue.
Pour cela, tous les articles doivent parvenir au Secrétariat du GDC et le bureau sélectionnera les textes.
- Confirmer la tenue de la conférence de 2010 en Estonie, à Tallinn et à Tartu. Margit Tohver a présenté un " Power Point " qui donna envie aux participants de s'y retrouver dans deux ans. La tenue de la conférence de 2012 à Barcelone a été envisagée.
Mais ce compte-rendu ne serait pas complet sans faire état des visites culturelles, des réceptions et de la passionnante excursion qui a suivi le congrès.
Ainsi, le mardi soir, le groupe fut reçu par le Directeur des Archives d'Amsterdam, tandis que le mercredi, après une très agréable croisière sur les canaux généreusement offerte par la municipalité d'Amsterdam, une réception offerte par la bibliothèque de l'Université d'Amsterdam clôturait l'inauguration de l'exposition sur l'Atlas Major.
Le dîner du congrès, le jeudi soir, dans une très belle grange restaurée avec soin et élégance donna l'occasion de découvrir des mets succulents et de poursuivre, dans un autre cadre, des discussions parfois enflammées…
Le vendredi soir, on proposa aux congressistes de profiter d'une passionnante présentation de l'église de Westerkerk.
Enfin, le samedi, l'excursion emmena les congressistes en Frise occidentale et dans la région de Markermeer.
La visite de la ville médiévale de Enkhuizen et de son port, dont l'importance ancienne se voit encore dans l'architecture, fut assurée par Jan Beenaker et Jan Werner qui emmenèrent ensuite les participants dans une pâtisserie aussi belle que bonne….
Le Musée de Frise occidentale, à Hoorn, permit la présentation de la
restauration virtuelle de la carte murale de Frederick de Wit, endommagée par un incendie.
Après une visite de la ville à pied, il était temps de rejoindre le bateau, le 'Nieuwe Liefde' qui, après avoir hébergé une partie des congressistes pendant la semaine, permettait ce samedi de bénéficier d'un déjeuner, puis d'une croisière. Cette croisière dans le Markermeer offrait une occasion exceptionnelle de découvrir ces régions par la mer dont les participants surent pleinement profiter.
Une escale à l'île de Marken, désormais rattachée à la terre, donna l'occasion de connaître ce haut lieu du tourisme hollandais, sous la conduite de Jan Werner et de son épouse.
De retour dans le port d'Amsterdam, le moment des adieux était arrivé et ce congrès s'acheva dans la nostalgie, après tant de discussions enflammées, tant de découvertes cartographiques et tant d'échanges amicaux, tout ayant été facilité par une organisation scientifique, technique et matérielle aussi gentille qu'efficace.
Voir les sites LIBER GdC 2008 et le site
Groupe des Cartothécaires de LIBER.
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